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lundi 15 novembre 2021

Monarchie nucléaire (par Jade Lindgaard)

 

La lettre Écologie de Médiapart le 10 novembre
« Écoutons tout le monde avant de prendre une décision » : une forme de bon sens s’exprimait dans le discours de Bruno Le Maire à propos de l’abandon de la réforme des retraites mercredi matin 10 novembre sur France Inter.Cette exigence démocratique n’a en revanche pas droit de cité au sujet du nucléaire. Mardi soir, lors de son « adresse aux Français », Emmanuel Macron a annoncé : « Nous allons pour la première fois depuis des décennies relancer la construction de réacteurs nucléaires dans notre pays. » Si elle est mise en œuvre, cette décision engage la France pour des dizaines d’années de politique industrielle, et des siècles d’exploitation du futur centre de déchets radioactifs Cigéo, à côté de Bure (Meuse). Les déchets « à haute activité », les plus radioactifs, ont une durée de vie infiniment supérieure au temps d’une existence humaine : plusieurs milliers, plusieurs centaines de milliers voire plusieurs millions d’années. Et pourtant, aucune discussion collective n’a précédé cette décision. Aucun débat public, aucune consultation, encore moins de concertation, pas une session parlementaire. Rien. Un pur fait du prince, en accord avec le lobbying d’EDF et des industriels qui attendent de remplir leur carnet de commande. Il y a pourtant de quoi réfléchir avant de relancer un programme électro-nucléaire : les échecs à répétition et la faillite économique de la filière, le coût économique considérable de ces investissements, le prix élevé de l’électricité qui sortira de ces nouveaux réacteurs, les enjeux de risque et de santé pour les travailleurs du nucléaire, dont les plus précaires sont les plus exposés aux doses radioactives autrement importantes.En 2018, à l’occasion du septième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, l’ancien premier ministre japonais, Naoto Kan, s’était déplacé en France pour alerter sur les dangers de l’atome. « Ce que je veux dire aux Français, c’est que le risque est énorme », expliquait-il alors à Mediapart. « S’il y a un accident dans une centrale nucléaire, vous risquez d’avoir un tiers de votre territoire, ou peut-être la moitié, qui devienne inutilisable, invivable pendant des dizaines d’années. Je crois que vous devez être conscients de cela, que vous devez sortir du nucléaire, consommer moins d’électricité et, surtout, faire confiance aux énergies renouvelables. Prenez conscience de ce risque, il est énorme. » La Ve République n’est pas qu’un régime vertical et présidentialiste. C’est aussi, toujours, une monarchie nucléaire.